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Samedi 8 avril 2006
    Chers élèves,

    Je vous sais inquiets pour les oraux de la semaine à venir, sans doute le suis-je également puisque, en dépit de votre silence abyssal, me voilà de nouveau à dispenser mes conseils sur la toile.
    Alors, je vous rappelle que l’heure de votre convocation correspond non pas au moment où vous passez devant l’examinateur, mais bien à celui où vous devez arriver pour vous lancer illico dans la préparation.
Préparation : ½ h.
Exposé : 10 min.
Entretien : 10 min.

    Les critères de l’évaluation :

    EXPOSÉ

Expression et communication   
*    Lecture correcte et expressive
(entraînez-vous un peu : choisissez un cobaye dans votre entourage et infligez lui trois ou quatre lectures expressives ces jours-ci. La bonne idée : ne pas fournir de double du texte à votre victime afin de mesurer la valeur de votre lecture en fonction de la manière dont elle est en mesure d’en restituer brièvement le sens.)
*    Qualité de l'expression et niveau de langue orale
(« heu… » et « ouais » à proscrire ! ainsi que tous leurs « frères et sœurs »…)
*    Qualités de communication et de conviction
(Attention, nous entrons dans l’impalpable et néanmoins perceptible : soyez amènes et convaincus de ce que vous dites et, notamment, de la valeur du texte que vous défendez car vous le défendez.)

Réflexion et analyse   
*    Compréhension littérale du texte
(= minimum « syndical ».)
*    Prise en compte de la question
(Ah, oui, tenez compte de la question qu’on vous pose ! Il ne s’agit pas de débiter — fusse avec élégance — le cours dispensé sur le texte : vous n’en avez pas le temps de toute façon, mais bien de répondre à une question précise qui peu fort bien n’avoir pas ou peu été abordée en classe. Alors faites bien attention aux termes de ladite question.)
*    Réponse construite, argumentée et pertinente, au service d'une              interprétation
(L’interprétation est induite par la question qui vous est posée… Induite ne signifie pas nécessairement explicite… Construite signifie intro, dév., conclu. Argumenté signifie que vous défendez une interprétation du texte. Pertinente signifie que l’interprétation susdite doit être compatible avec le sens du texte [ne dites pas : Mme de Sévigné se défend la liberté de ton ou Rimbaud est le poète est le poète de la tradition].)
*    Références précises au texte
(Ça, voyez-vous, j’hésite à le commenter entre parenthèses : c’est un point essentiel et auquel vous devez être d’autant plus attentifs qu’il m’apparaît que vous tendez à analyser un texte sans y recourir avec précision. Vous devez absolument vous référer très régulièrement au texte, en identifier le lexique spécifique, les figures de style, la syntaxe, non pour eux-mêmes, mais en les mettant au service de l’interprétation [exemple : « Ses ailes de géant l’empêche de marcher », l’antithèse ultime impose définitivement la figure du poète maudit : l’homme aux aspirations et inspirations au-delà du commun contraint de vivre dans le monde tel qu’il est, médiocre et prétentieux].)
Connaissances   
*    Savoirs linguistiques et littéraires
(Ici, il s’agit simplement de réviser vos acquis en matière de procédés d’écriture, d’effets de sens, de composition et de vous souvenir de la signification des termes d’analyse littéraire [genre, registre, en particulier].)
*    Connaissances culturelles en lien avec le texte
(C’est-à-dire que l’on évalue votre connaissance du contexte dans lequel est paru le texte et votre capacité à situer correctement les faits auxquels le texte fait éventuellement référence [Exemple : la loi romaine dans Bérénice].)


    ENTRETIEN

Communication   
*    Aptitude au dialogue
(Cela veut dire que vous devez écouter votre interlocuteur et réagir à son propos avec pertinence = lui laisser de la place et prendre la vôtre).
*    Qualité de l'expression et niveau de langue orale
(cf. exposé)
*    Qualités de communication et de conviction
(cf. exposé)

Réflexion et analyse
*    Capacité à réagir avec pertinence aux questions posées pendant l'entretien
(cf. Aptitude au dialogue)
*    Qualité de l'argumentation
(Oui, oui, oui, vous continuez, lors de l’entretien de défendre votre interprétation du texte ainsi que vos réponses à des questions plus globales [exemple : « Ne trouvez-vous pas que M. Leiris à travers ce texte notamment, apparaît comme un écorché vif plutôt qu’il n’est capable d’humour, comme vous l’avez dit précédemment? — Il est vrai qu’il semble avoir été un enfant sans carapace face aux aléas de l’existence et que l’adulte qu’il est s’en trouve réellement affecté, mais il ne paraît pas aigri et, même implicite, l’humour, sous la forme de l’autodérision, est très présent dans son œuvre »]. Ne vous acharnez pas cependant à défendre un point de vue que, visiblement, votre examinateur ne partage pas.)
*    Capacité à mettre en relation et à élargir une réflexion
(L’examinateur ne manquera pas de tester votre aptitude à faire des liens entre le texte et la littérature en général [exemple : Rimbaud poète en rupture par rapport à quoi ? Est-il le premier dans l’histoire de la poésie française ?] Quant à élargir la réflexion, cela ressemblerait plutôt à un échange d’idées sur les débats, pas toujours explicites, que peuvent susciter les textes [exemple : que penser de l’attitude « jusqu’auboutiste » d’Antigone — souvenez-vous du point de vue de Laurie, différent du mien et cependant valable, lorsque la question fut posée en cours…]).

Connaissances   
*    Savoirs littéraires sur les textes, l'œuvre, l'objet ou les objets d'étude
(Là, il faut vous reporter à la liste de textes et vérifier que vous êtes au clair avec la présentation qui est faite de chaque séquence).
*    Connaissances sur le contexte culturel
(cf. exposé)

    Vérification faite, aucun d’entre vous ne passe l’oral lundi, venez tout de même récupérer les textes qui vous manque et n’hésitez pas à poser vos questions, y compris les plus simples — « Je n’ai pas compris tel truc » — ce sont souvent les plus utiles.
    Au risque de « vous mettre la pression », je vous rappelle que vous êtes des L et, à ce titre, l’examinateur attend davantage de vous que des autres… Cela dit, vous n’êtes pas dans cette filière par hasard alors, pas de pression, juste de l’orgueil légitime.

Bon courage pour la remise au travail (ne ratez pas le train de la remise en route, il ne nous reste plus beaucoup de temps pour boucler convenablement une liste de bac digne de ce nom).
C. Lhomeau
Par lhomeau-sevin - Publié dans : monge-premiere
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Samedi 8 avril 2006
Clément,

J’espère que ma réponse n’est pas trop tardive. Voici quelques éléments dont j’espère qu’ils vous aideront à y voir plus clair concernant cette question qui n’est réellement pas si simple que cela puisqu’elle vous demande de ne pas tenir compte de ce qui est le plus évident dans l’extrait…

Bon Courage,
C. Lhomeau

    Michel Leiris - L'Âge d'homme (1939)

    Âgé de cinq ou six ans, je fus victime d'une agression. Je veux dire que je subis dans la gorge une opération qui consista à m'enlever des végétations; l'intervention eut lieu d'une manière très brutale, sans que je fusse anesthésié. Mes parents avaient d'abord commis la faute de m'emmener chez le chirurgien sans me dire où ils me conduisaient. Si mes souvenirs sont justes, je m'imaginais que nous allions au cirque; j'étais donc très loin de prévoir le tour sinistre que me réservaient le vieux médecin de la famille, qui assistait le chirurgien, et ce dernier lui-même. Cela se déroula, point pour point, ainsi qu'un coup monté et j'eus le sentiment qu'on m'avait attiré dans un abominable guet-apens. Voici comment les choses se passèrent : laissant mes parents dans le salon d'attente, le vieux médecin m'amena jusqu'au chirurgien, qui se tenait dans une autre pièce en grande barbe noire et blouse blanche (telle est, du moins, l'image d'ogre que j'en ai gardée) ; j'aperçus des instruments tranchants et, sans doute, eus-je l'air effrayé car, me prenant sur ses genoux, le vieux médecin dit pour me rassurer: « Viens, mon petit coco! On va jouer à faire la cuisine. » À partir de ce moment je ne me souviens de rien, sinon de l'attaque soudaine du chirurgien qui plongea un outil dans ma gorge, de la douleur que je ressentis et du cri de bête qu'on éventre que je poussai. Ma mère, qui m'entendit d'à côté, fut effarée.
    Ce souvenir est, je crois, le plus pénible de mes souvenirs d'enfance. Non seulement je ne comprenais pas que l'on m'eût fait si mal, mais j'avais la notion d'une duperie, d'un piège, d'une perfidie atroce de la part des adultes, qui ne m'avaient amadoué que pour se livrer sur ma personne à la plus sauvage agression. Toute ma représentation de la vie en est restée marquée : le monde, plein de chausse-trapes, n'est qu'une vaste prison ou salle de chirurgie ; je ne suis sur terre que pour devenir chair à médecins, chair à canons, chair à cercueil ; comme la promesse fallacieuse de m'emmener au cirque ou de jouer à faire la cuisine, tout ce qui peut m'arriver d'agréable en attendant n'est qu'un leurre, une façon de me dorer la pilule pour me conduire plus sûrement à l'abattoir où, tôt ou tard, je dois être mené.


Montrer que ce texte raconte plus qu’un traumatisme d’enfance.

Une telle question suppose que vous commenciez par répondre sur le traumatisme d’enfance dans une première partie de l’exposé, mais que vous consacriez l’(les) autre(s) parties à ce qui entraîne au-delà du traumatisme.

Vous pouvez commencé par commenter conjointement deux aspects du texte qui l’éloigne de la notion stricte de traumatisme : la banalité de l’acte chirurgical à l’époque où l’auteur enfant le subit et par conséquent l’humour qui se dégage de l’extrait à travers la dramatisation de l’expérience :
— Les termes en rouge qui qualifient l’expérience telle qu’elle fut — et est encore — ressentie par l’auteur procèdent de cette dramatisation et par leur force et par la variété des champs sémantiques auxquels Leiris a recours : fait-divers, condamnation morale, piège, merveilleux inquiétant et guerre.
— Les termes en bleu, beaucoup moins présents, rappellent cependant la banalité de l’acte « traumatisant ». À ce stade, vous pouvez préciser que ce récit enclenchera aisément le processus d’identification du lecteur contemporain de Leiris qui aura sans doute vécu la même chose que lui puis de tous les lecteurs car nous sommes nombreux à avoir vécu une expérience similaire.
— L’expression en vert mérite ce commentaire : elle reprend l’idée d’horreur vécue par l’enfant et traduit sa subjectivité d’une manière saisissante et amusante par l’usage d’un zeugma (fig. de style qui consiste à associer à une même notion [le vêtement du chirurgien] deux termes : l’un qui convient = en […] blouse blanche, l’autre qui ne convient pas = barbe)

Montrez  ensuite que l’épisode raconté est constitutif de la personnalité présente de l’auteur (variation des temps : présent/passé dans l’extrait), qu’il est à l’origine de la lucidité et du pessimisme qui caractérisent M. Leiris, bref, que le texte raconte l’homme d’aujourd’hui aussi. Par là on rejoint la question, plus vaste, de l’autobiographie et de ses motivations. À travers le récit d’un traumatisme, c’est implicitement une justification de l’écriture autobiographique qui se fait jour ici : qui, finalement, pratique ce genre ? Celui (Leiris) qui se consacre à la littérature en général, certes, mais dont la vocation est précisément née dans l’enfance, des interrogations aiguës de l’enfant confronté au mensonge ou au paradoxe des adultes de manière brutale. Une telle expérience suscite le besoin d’interroger (et peut-être combler) l’écart qui sépare la réalité du discours au moyen de l’écriture autobiographique qui, par l’introspection et l’émergence du souvenir, permet de revivre l’expérience tout en conservant un certain recul et donc de mieux comprendre les mécanismes qui ont fait de celui qui se raconte ce qu’il est.
Cette dernière partie reposera essentiellement sur le second paragraphe du texte qui explicite la visée du récit du souvenir d’enfance.

On pourrait aussi, dans ce texte (pour conclure ?) s’intéresser à la manière dont le souvenir émerge : Leiris livre ici une illustration très éclairante et sincère des mécanismes de la mémoire et de leur fonctionnement aléatoire au moment de faire le récit.
Par lhomeau-sevin - Publié dans : monge-premiere
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Vendredi 7 avril 2006

Chers élèves,

Vous trouverez ci-dessous la feuille de synthese distribuée jeudi en classe. Je tiens à préciser pour les absents que toutes les pages mises en ligne ne font pas office de cours. Vous êtes sensés rattrapper ce qui a été vu en classe.

Bon courage pour l'oral la semaine prochaine. Si vous avez des questions, n'hésitez pas à les poser sur le blog. J'y répondrai chaque soir.

BILAN SUR CANDIDE

 

 

 

LA STRUCTURE DU RECIT

 

 

 

Les étapes de l'aller-retour

 

 

 

Chapitres 2 à 16 : L’aller

 

Chapitres

 

Etapes

 

Compagnons

 

2

 

Candide est enrôlé dans l'armée bulgare.

 

 

 

3-4

 

Après avoir assisté à une bataille, il s'enfuit en Hollande où il fait

 

la connaissance de l'anabaptiste Jacques (3) puis retrouve Pangloss (4).

 

Jacques

 

Pangloss (retrouvailles)

 

5

 

Ils partent pour Lisbonne et Jacques meurt dans une tempête.

 

- Jacques (noyade) - Pangloss

 

6

 

Un autodafé a lieu pour empêcher la terre de trembler à Lisbonne. Pangloss est pendu.

 

Pangloss (séparation)

 

- La vieille

 

7-9

 

Une vieille femme emmène Candide chez elle; il Y retrouve Cunégonde (7).

 

La vieille

 

Cunégonde (retrouvailles)

 

10-12

 

Candide, Cunégonde et la vieille s'enfuient à Cadix (10), d'où ils embarquent pour le Paraguai (11-12).

 

La vieille

 

Cunégonde

 

13-14

 

Les trois personnages se retrouvent à Buenos-Aires ; le gouverneur s'éprend de Cunégonde (13). Candide est obligé de s'enfuir et de se réfugier avec son valet Cacambo chez les jésuites où ils retrouvent le fils du baron (14),

 

Cunégonde

 

et la vieille (séparation)

 

Cacambo

 

15

 

Candide s'enfuit après avoir transpercé de son épée le frère de Cunégonde

 

- Cacambo

 

16

 

Prisonniers des Oreillons, une tribu anthropophage, Candide et Cacambo parviennent à s'échapper. Ils se retrouvent dans le pays de l'Eldorado.

 

- Cacambo

 

 

 

 

 

Chapitres 19 à 29 : le retour

 

Chapitres

 

Etapes

 

Compagnons

 

19

 

Candide et Cacambo rencontrent un esclave nègre en arrivant à Surinam. Candide confie à son valet la tâche d'aller racheter Cunégonde avec les diamants de l'Eldorado. Candide choisit Martin comme nouveau compagnon.

 

Cacambo (séparation)

 

20 / 21

 

Candide et Martin partent pour l'Europe.

 

 

 

Martin (choisi par Candide, ce qui marque un tournant dans le conte)

 

22

 

Candide et Martin séjournent à Paris.

 

Martin

 

23

 

Candide et Martin abordent les côtes de l'Angleterre.

 

Martin

 

24-26

 

Candide et Martin partent pour Venise où ils retrouvent la servante de la baronnie, raquette, en compagnie de frère Giroflée (24). Ils y rencontrent Pococurante (25), des rois déchus, et y retrouvent Cacambo (26).

 

 

 

Martin

 

Paquette (retrouvailles)

 

Cacambo (retrouvailles)

 

27 / 28

 

Ils embarquent pour Constantinople. Sur la galère, Candide retrouve Pangloss et le fils du baron; il les rachète (27) et part délivrer Cunégonde (28), esclave sur les bords de la Propontide (mer de Marmara).

 

 

 

Martin

 

Cacambo

 

Pangloss et le fils du baron (retrouvailles)

 

29

 

Candide rachète Cunégonde et la vieille et s'installe avec ses compagnons dans la métairie.

 

(Chap. 30 : Le fils du baron, qui a refusé d'évoluer, est chassé de la métairie et rendu au patron de la galère.)

 

Martin

 

Cacambo

 

Pangloss et le fils du baron

 

Cunégonde et la vieille (retrouvailles)

 

 

 

CANDIDE AU CROISEMENT DE PLUSIEURS GENRES

 

 

UN CONTE?

 

 

 

Les archétypes du conte traditionnel

 

L’incipit présente toutes les marques du conte de forme traditionnelle; la tournure impersonnelle d'ouverture « Il y avait en Vestphalie » donne le ton d'emblée: l'imparfait est celui d'une temporalité pas­sée indéfinie propice à toutes les fantaisies du genre. On apprend ensuite que le cadre de l'action est un « château », « le plus beau des châteaux », apparte­nant au « plus grand baron de la province» et à la « meilleure des baronnes possibles ». Le « meilleur des mondes possibles », en général aristocratique, est un archétype du conte traditionnel, et Voltaire utilise fortement les marques du genre.

 

La construction d'ensemble du récit est également un archétype du conte:

 

- Situation initiale et élément perturbateur: la baronnie est un monde heureux d'où Candide est chassé.

 

- Péripéties: elles sont très nombreuses et constituent un long voyage à la surface du globe.

 

- Situation finale: Candide a retrouvé Cunégonde et reconstitué un univers qui est l'écho de la baronnie initiale.

 

On peut même simplifier et résumer l'intrigue pour y retrouver un schéma souvent repris dans les contes: l'enfant bâtard, non reconnu, mal aimé, est chassé et éloigné de la femme qu'il aime ; après des aventures au cours desquelles il va faire preuve de sa valeur, il retrouve la femme aimée et prend la place de celui qui l'avait chassé (le fils du baron est chassé de la métairie) dans un paradis reconstitué.

 

Certes, on ne trouve pas ici les personnages aux attri­buts magiques traditionnels, tels que la fée, la sorcière, l’ogre.. Mais peut-être la vieille joue-t-elle le rôle de la bonne sorcière?

 

Les retrouvailles et les quasi-résurrections donnent au conte une tonalité extraordinaire conventionnelle. L’épisode de l’Eldorado, avec ses moutons rouges et sa boue en or, appartient aussi au monde merveilleux des contes.

 

Les personnages présentés dans le premier chapitre sont bien ceux des contes:les portraits sont esquissés simplement car il s’agit de personnages définis seulement par leur fonction dans le récit. Ainsi, le baron est « un des plus puissants seigneurs de Vestphalie » ; son fils est « en tout digne de son père» ; la jeune Cunégonde présente toutes les qualités physiques attendues. Quant au personnage principal, ses quali­tés morales valent ses qualités physiques: « sa physio­nomie annonçait son âme»,et la nature lui a donné« les mœurs les plus douces» (le superlatif est un indice récurrent). Dans la suite du conte, les qualités du héros seront mises en avant: en effet, au chapitre 9, en riposte à une agression, Candide « tire son épée, quoiqu'il eût les mœurs fort douces, et vous étend l'israélite roide mort sur le carreau ». C'est aussi parce qu'il sait à merveille exécuter la parade militaire à la manière des Bulgares qu'il sera nommé capitaine au chapitre 10. De même, Cunégonde est, tout au long du conte ou presque, Un personnage féminin dont les qualités physiques sont exceptionnelles.

 

Le schéma actantiel appartient aussi au genre du conte sous sa forme la plus traditionnelle. Tout est centré sur le personnage de Candide qui est le fil conducteur du récit et son principal élément fédé­rateur.

 

 

 

La parodie du conte

 

En lisant Candide comme un conte traditionnel, on laisse de côté certains aspects essentiels. Certes, Candide a retrouvé Cunégonde, comme de coutume dans les contes ; mais Cunégonde est devenue laide, et Candide l'épouse par devoir et pour contrarier le fils du baron. Ainsi, chacun des archétypes du conte peut être retourné comme on vient de le faire. Par exemple, la baronnie est un monde heureux mais sa représentation hyperbolique est suspecte. La puissance du baron repose sur une illusion et il n'hésitera pas à chasser Candide pour une faute dont sa fille a été l'instigatrice.

 

L'accumulation et l'hyperbole sont deux procédés récurrents dans le conte: l'écriture de Voltaire est parodique; s'il reprend les marques du conte tradi­tionnel, c'est pour les parodier en les pervertissant. Le monde merveilleux du conte n'existe que dans l'Eldorado: les malheurs, aux causes naturelles ou humaines, s'additionnent les uns aux autres sans répit. les récits emboîtés viennent ajouter d'autres perspectives négatives en présentant d'autres destins malheureux. Cunégonde a été blessée, humiliée, violée; la vieille et Paquette aussi. Achmet III a été détrôné; Ivan, Charles-Édouard et les autres convives du chapitre 26 également. Un roi détrôné ne suffit pas; il en faut six...

 

Ajoutons à cela la dégradation des personnages: la « belle Cunégonde » est « rembrunie» ; ses yeux, comme ceux de la vieille, sont « éraillés »; la vieille a perdu une fesse; Pangloss n'est plus qu'« un gueux tout couvert de pustules, les yeux morts, le bout du nez rongé» (fin dû chapitre 3) ; le visage du fils du baron est défiguré (chapitre 27).

 

 

 

Un conte philosophique

 

Candide ou l’Optimisme : le titre associe le nom du personnage à une notion abstraite. Il ne s'agit donc pas seulement pour l'auteur de raconter l'histoire merveilleuse d'un héros aux qualités stylisées mais aussi d'exposer une certaine vision du monde. La cri­tique de l'optimisme est le principal thème du conte; chacune des aventures du héros tend à prouver que l'on a tort de croire que notre monde est « le meilleur des mondes possibles ». Souvent, les épisodes s'achè­vent par une réflexion de Candide à propos de la théorie de Pangloss. Ces réflexions de Candide et les allusions fréquentes à Pangloss. Même lorsqu'on le pense mort, donnent son unité au conte.

 

Comme un écho à l'Encyclopédie controversée, Candide, en échappant à la censure grâce à la super­cherie de la traduction, reprend les thèmes des Lumières. La critique philosophique se double d'une critique de la société et des institutions.

 

 

 

LA MULTIPLICITE DES REGISTRES

 

 

Les registres se mêlent et, une fois encore, Candide échappe à toute classification.

 

 

 

Le registre réaliste

 

Les références géographiques et historiques sont mul­tiples. Les allusions à l'actualité de l'époque (le tremblement de terre de Lisbonne, par exemple) et aux diverses querelles de Voltaire sont nombreuses, si bien que la lecture ressemble parfois à un décryptage. Il faut alors deviner qui se cache derrière « l'archidiacre T… » ou derrière « le faiseur de feuilles », qui est « le gros homme qu'on venait de tuer en cérémonie» à Portsmouth (chapitre 23).

 

La violence des descriptions et des récits est loin de la réalité édulcorée des contes traditionnels, il suffit de citer quelques expressions du Chapitre 3 : « des vieillards criblés de coups », « des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupées "... Les détails de ce style cru abondent, qui appartiennent au registre réaliste.

 

 

 

Le registre ironique

 

Mais l'accumulation de détails horribles révolte le lec­teur sans forcément l'émouvoir. On n'éprouve pas de compassion pour les personnages de Voltaire car, sans cesse, une distance se crée, qui nous oblige à avoir sur la situation le regard de la raison plus que celui des sentiments. En effet, les personnages ne sont que des marionnettes stylisées au service d'une démonstration, et le registre comique suscite notre indignation plus que notre émotion.

 

En jouant sur les mots (les néologismes et les allu­sions), en utilisant les procédés de l'ironie (antiphrase) et de l'humour (euphémisme, périphrase), en créant des situations burlesques (le « commençons par sou­per» qui achève le récit des malheurs de Cunégonde), les genres littéraires à succès, Voltaire crée cette distance liée au comique dont parlera le philosophe français Henri Bergson (Le Rire).

 

Par lhomeau-sevin - Publié dans : monge-premiere
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Vendredi 7 avril 2006
Chers élèves,

Toutes mes excuses pour mon absence de ce matin. Je serai là lundi matin dès 8h et transmettrai les photocopies des textes à tous ceux qui en auront besoin. À défaut, les collègues de Français, les ont et peuvent vous les fournir.

Excuses également pour le problème de mise en page. J'ai peut-être trouvé la solution…

À bientôt,
C. Lhomeau
Par lhomeau-sevin - Publié dans : monge-premiere
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Jeudi 6 avril 2006
Chers élèves, Non, définitivement non, l'oral blanc n'est et ne sera pas annulé. Certes, les conditions ne sont pas idéales, mais pas moins pour un oral que pour toute autre forme de reprise. Je dirai même plus, un (re)démarrage sur les chapeaux de roues est peut-être ce qui pouvait vous arriver de mieux : n'êtes-vous pas contraints et forcés de vous mettre « à fond d'dans » sans tergiversation ? Et ça, c'est plutôt bien pour reprendre avec vigueur, nous en avons besoin, étant donné le temps de cours déjà irrémédiablement perdu. Bon, trêve de baragouinages rhétoriqueurs : débarbouillez cervelets, fourbissez outillage stylistique et bannissez bâillements à corneille que veux-tu ! En avant, tudieu, et béez-moi la belle à tous ces éminents collègues de la confrérie de l'alba examina ! Tailladez en pièce notre docte par votre entendement ! (Faites quand même attention à Rabelais, ses pantagruelismes pourrait taper sur le système de plus d'une…) Voici pour l'oral une liste de questions possibles sur des auteurs et œuvres de votre liste : LEIRIS, L'Age d'homme ; Incipit : « Je viens d'avoir 34 ans [...] laideur humiliante. » (Nathan p.336) Quelle image l'auteur donne-t-il de lui-même ? En quoi cet autoportrait relève-t-il de l'autodépréciation, voire de l'autodestruction ? En quoi peut-on dire que l'auteur fait un portrait de lui-même sans complaisance ? En quoi ce texte révèle-t-il le projet autobiographique de M. Leiris ? Ce texte vous paraît-il sincère ? Pourquoi ? LEIRIS, L'Age d'homme ; « Âgé de cinq ou six ans [...] à l'abattoir où, tôt ou tard, je dois être mené » (l'opération) Ce texte vous semble-t-il devoir susciter le rire ou l'émotion ? Comment s'opère dans ce texte la mise en forme du souvenir ? Montrer que cette mésaventure a joué un rôle capital dans la vie de l'auteur. Montrer que ce texte raconte plus qu'un traumatisme d'enfance. Que raconte ce texte ? Quel effet produit-il sur le lecteur ? Quel sens M. Leiris donne-t-il à son récit ? Quelle(s) fonction(s) de l'autobiographie apparaissent dans ce récit ? ROUSSEAU, Confessions ; Préambule du Manuscrit de Neuchâtel En quoi ce texte peut-il être considéré comme le premier texte autobiographique ? En quoi ce préambule annonce-t-il des « Confessions » ? Quel est le pacte autobiographique annoncé par Rousseau ? Quelle image de lui-même Rousseau veut-il donner ici ? Quelles sont les caractéristiques d'un projet nouveau dans ce texte ? Quelles sont les fonctions de ce Préambule ? Quelles sont les difficultés posées par ce Préambule ? SARTRE, Les mots ; « il y avait [...] toujours exclu » (le jardin du luxembourg) Comment fonctionne la mémoire dans cet extrait ? Comment fonctionne le souvenir d'enfance dans ce texte ? Comment est reconstruit le souvenir d'enfance ici ? Comment Sartre fait-il passer l'humour dans ce texte ? En quoi ce récit mêle-t-il tristesse et humour ? Quel portrait d'enfant le narrateur brosse-t-il ? Quelles sont ici les fonctions de l'écriture autobiographique ? ANOUILH, Antigone, prologue. Etudiez l'originalité de ce prologue. ANOUILH, Antigone, Antigone et la nourrice. Etudiez le fonctionnement et la tonalité du dialogue ANOUILH, Antigone, Antigone et Ismène. Etudiez les procédés de la confrontation entre les deux personnages. ANOUILH, Antigone, Antigone et Créon. Etudiez l'affrontement entre les deux personnages et l'effet produit sur le public. Quel sont le fonctionnement et les fonctions de ce dialogue ? ANOUILH, Antigone, Antigone et le garde. Quelle sont les fonctions et la tonalité de ce dénouement ? Quelles sont les caractéristiques de ce dénouement ? BAUDELAIRE, Les Fleurs du Mal ; « L'albatros » Comment analysez-vous la comparaison du poète à un albatros dans ce poème ? Comment Baudelaire met-il en valeur le génie du poète ? Quels sentiments se dégagent ici à l'égard de l'albatros et pourquoi ? BAUDELAIRE, Les Fleurs du Mal ; « L'invitation au voyage » Comment expliquez-vous le poème à la lecture du titre ? Quelles représentations de la femme aimée et du paysage rêvé se dégagent de ce poème ? En quoi la structure du poème, les choix de versification sont-ils révélateurs de l'harmonie ? Dans quelle mesure peut-on dire que Baudelaire nous convie à un voyage imaginaire ? ONGE, Le Parti-pris des choses ; « L'huître » Pensez-vous que ce poème prenne le parti de l'huître ? En quoi consiste la poésie de ce poème ? l'huître est-elle décrite pour elle-même ? PONGE, Le Parti-pris des choses ; « Le pain » Qu'y a-t-il de nouveau dans la poésie de Ponge ? Comment ce poème transfigure-t-il la réalité de l'objet ? RIMBAUD, Illuminations ; « Aube » (Hatier p.214) En quoi la dernière ligne est-elle représentative de la structure et du sens du poème ? De quelle aventure est-il question dans ce poème ? En quoi ce poème répond il à la modernité poétique ? Etudiez le système énonciatif du texte (les différentes voix narratives) Etudiez le thème de l'aube dans ce poème En quoi le titre illustre t-il la poésie de ce texte ? Quelle vision du monde se dégage de ce poème ? RIMBAUD, Poésies ; « Le Dormeur du val » En quoi l'argumentation dans ce poème est-elle efficace et originale ? En quoi peut-on dire que ce sonnet permet de dénoncer la guerre ? Comment ce poème progresse-t-il vers sa chute ? RIMBAUD, « La lettre du voyant » Quelle est, d'après ce texte, la conception de la poésie selon Rimbaud ? De quoi préparer une peu l'oral blanc. Les photocopies des textes sont à votre disposition à condition que vous veniez me les réclamer en salle des profs demain matin à l'heure de la récré. Beaucoup d'entre vous n'ont pas l'air de s'en soucier, tous ceux dont l'oral doit avoir lieu lundi devraient pourtant être sur le qui-vive. Souhaitez-vous une, deux ou trois réponses types aux questions ci-dessus ? Si oui, faites-le moi savoir rapidement et indiquez laquelle ou lesquelles des questions vous voudriez voir traitées, je m'en occuperais demain dans l'après-midi pour une mise en ligne demain soir. À lundi, C. Lhomeau PS: j'ajoute ci-dessous les deux exercices d'argumentation proposés précédemment, dans un format décent, cette fois. Ça pourra toujours servir. « Le bruit court », et si vite qu'il est venu jusqu'à moi, que le sujet de bac blanc porte sur l'argumentation : Convaincre, persuader, délibérer. Or, m'a-t-on dit, vous, élèves de 1L, vous sentez démunis en ce domaine. Une telle assertion me paraît quelque peu exagérée : vous ne manquez ni d'outils de compréhension des textes du corpus, ni d'aptitudes au commentaire d'icelui. Toutefois, et pour rassurer les inquiets, voici une fiche de rappels concernant l'argumentation : Définitions sommaires et néanmoins utiles : Convaincre : amener un destinataire à adhérer à une thèse en faisant appel à son raisonnement. Persuader : amener un destinataire à adhérer à une thèse en jouant sur ses sentiments. Délibérer : examiner divers points de vue sur une thèse afin de former le sien propre. Précisions : Le plus souvent, les textes argumentatifs combinent ces trois aspects de l'argumentation. En effet, l'émetteur tient compte de la thèse adverse (forme de la délibération dite concession) et utilise le raisonnement logique aussi bien que l'appel aux sentiments pour arriver à ses fins : faire partager son point de vue au destinataire. Vous pouvez cependant, en règle générale, dégager une dominante : - L'émetteur cherche-t-il à poser les termes du débat sans prendre nettement parti lui-même : il invite le destinataire à la délibération (méfiez-vous, tout de même, il est rare que l'auteur n'ait pas un avis sur le sujet qu'il traite, fût-il implicite). - L'émetteur développe des arguments fondés sur la science, les statistiques, l'autorité de spécialistes, le raisonnement logique et/ou le bon sens : il cherche à convaincre le destinataire. - L'émetteur tente d'émouvoir, d'amuser, de susciter la colère : il s'emploie à persuader le destinataire. Souvenez-vous : pas d'argumentation sans débat à l'origine du discours. La question : Quelle heure est-il ? ne renferme pas le moindre débat en dépit des multiples réponses que l'on peut y apporter, mais dont l'exactitude est indiscutable dès lors qu'on s'accorde sur le fuseau horaire. La question : Dans quelle mesure les liens tissés entre Mme de Sévigné et Mme de Grignan dans leur correspondance engendrent-ils la disparition de la distance qui les sépare ? Contient un débat dont je vous invite à poser les termes (faites une phrase dans laquelle apparaîtront les deux thèses extrêmes possibles). ………………………………………………………………………………………………………………………… Une fois le débat identifié, diverses thèses peuvent apparaître. Leur origine : une opinion sur le sujet de débat. L'opinion ne vaut rien, rien de rien, excepté que celui qui l'énonce aura l'honneur et l'avantage de… l'énoncer. Ex : « Je pense que la correspondance de Mme de S. et Mme de G. permet la disparition de la distance qui les sépare ». Et après ? Vous le voyez, à elle seule, l'assertion ne vaut rien. Pour que l'opinion devienne une thèse : - Fourbir ses arguments - Les énoncer et développer - Les organiser selon une progression pertinente - Préparer les exemples qui illustreront les arguments - Élaborer une stratégie efficace Bref, mettre en œuvre une démonstration qui, une fois achevée, aura fait de l'opinion une thèse. ………………………………………………………………………………………………… Lisez le texte suivant et identifiez : - les termes du débat - arguments - exemples - progression du discours - moyens stylistiques au service de la démonstration ………………………………………………………………………………………………… L'équation du nénuphar Tous les jours, les journaux ou les radios nous annoncent que la croissance du produit national brut n'est que de 2,3% par an, que le nombre des chômeurs a augmenté depuis un an de 3%, qu'il faudrait une croissance de 4% pour commencer à résorber ce chômage…[…] Il faut garder à l'esprit qu'une augmentation de 2% par an, qui semble bien modeste et raisonnable, correspond à une véritable explosion lorsque l'on raisonne à long terme : le doublement étant obtenu en moins de trente-cinq ans, il y a multiplication par huit au bout d'un siècle, soixante-quatre après deux siècles. […] Ce qui n'est guère compatible avec la limitation des ressources de la planète et de sa capacité à absorber nos déchets. […] L'enseignement actuel n'insiste guère malheureusement sur ces évidences. Pour y sensibiliser les jeunes, je leur raconte l'histoire édifiante du nénuphar que l'on plante dans un grand lac et qui a la propriété héréditaire de produire chaque jour un autre nénuphar. Il se trouve qu'au bout de trente jours, la totalité du lac est recouverte par les descendants de ce nénuphar et que l'espèce entière meurt étouffée, privée d'espace et de nourriture. Question : « Au bout de combien de jours les nénuphars ne couvraient-ils que la moitié du lac ? » Avec les élèves du secondaire, la réponse jaillit comme une évidence : la moitié de trente, c'est-à-dire quinze jours. La bonne réponse est pourtant vingt-neuf, puisque le doublement est obtenu chaque jour. Pour rendre plus évidente l'erreur spontanée de raisonnement et faire un peu travailler les neurones, on peut alors poser la question : « Après combien de jours les nénuphars couvraient-ils à peine plus de 3% de la surface du lac ? » Il suffit de remonter le temps à partir du trentième jour : et de constater qu'ils en couvraient 50% le vingt-neuvième, 25% le vingt-huitième, 12,5% le vingt-septième, 6,25% le vingt-sixième, 3,12% le vingt-quatrième. Imaginons donc qu'au vingt-quatrième jour, un nénuphar anxieux de l'avenir attire l'attention de ses compagnons sur le danger qu'ils courent en proliférant ainsi ; il est probable que cette Cassandre ne pourrait se faire entendre. « Pourquoi nous inquiéter alors que nous avons ce comportement depuis plus de trois semaines et que 97% de la surface du lac est encore disponible ? Nous avons largement le temps de voir venir, continuons comme par le passé. » Ils auraient tort ; l'échéance est à moins d'une semaine.[…] Autrement dit, tout phénomène évoluant dans le temps avec un taux d'accroissement constant peut certes débuter avec une croissance sage, à peine perceptible, donnant l'impression qu'il est raisonnable de la poursuivre, mais il débouche rapidement sur une phase d'accélération et conduit à une catastrophe. Ce n'est pas seulement aux jeunes qu'il est nécessaire de faire comprendre le piège que constitue une croissance exponentielle : elle camoufle, sous des apparences anodines, une véritable explosion. Les pays dont la population n'a pas maîtrisé sa fécondité l'ont appris à leurs dépens. Albert Jacquard, L'équation du nénuphar, ŽŽ Éd. Calmann-Lévy, 1998 ………………………………………………………………………………………………… Même un travail incomplet est utile… À vous lire, C. Lhomeau Correction de l'exercice 1) Termes du débat : la croissance, bienfait ou méfait ? 2) Arguments : - le doublement étant obtenu […] à absorber nos déchets. - la totalité du lac est recouverte […] l'espèce entière meurt étouffée, privée d'espace et de nourriture. Ou Tout phénomène […] conduit à une catastrophe. - Ce n'est pas seulement aux jeunes […] une croissance exponentielle 3) Exemples : - Les pays dont la population n'a pas maîtrisé sa fécondité l'ont appris à leurs dépens. - Analogie du nénuphar 4) Progression § I : Présentation du sujet = la croissance § II : Thèse = danger que représente la croissance du point de vue de l'environnement § III et IV : L'équation du nénuphar : - données du problème et question - l'erreur - nouvelle question et rectification par raisonnement inversé - Cassandre et les autres nénuphars § V : Application de l'équation à la croissance, conclusion de la démonstration § VI : Élargissement des destinataires et exemple percutant (valeur d'argument) 5) Moyens stylistiques - Intro. du discours = énoncé du discours adverse présenté comme dominant sans modalisation explicite : effet de surprise quant à la thèse défendue = inattendue car contraire aux propos communément admis. - Utilisation de pourcentages : donner un caractère scientifique au propos = apparente vérité. - Modalisation : Il faut = impersonnel pour un devoir présenté ainsi comme une évidence indiscutable dont l'énonciateur n'est pas identifiable. Malheureusement = déplorer explicitement le comportement d'un tiers (ni énonciateur ni destinataire) relativement abstrait (L'enseignement actuel). - L'analogie du nénuphar : réduire le propos à un phénomène concret et poétique pour se faire comprendre et frapper les esprits. - Du cours à la fable, le style direct : « Au bout de combien de jours les nénuphars ne couvraient-ils que la moitié du lac ? » = mimer le dialogue bienveillant (voire paternaliste) avec le destinataire privilégié (la jeunesse). « Pourquoi nous inquiéter alors que nous avons ce comportement depuis plus de trois semaines et que 97% de la surface du lac est encore disponible ? Nous avons largement le temps de voir venir, continuons comme par le passé. » = animé et actualiser le comportement du végétal inconséquent représentant, notamment, le destinataire sans que cela apparaisse trop brutalement (il n'est jamais bon dans un discours argumentatif de faire comprendre au destinataire qu'on le prend pour un imbécile : c'est se laisser peu de chances de le convaincre). - Le modèle de la démonstration mathématique : favoriser l'apparence d'objectivité (caractère indiscutable) de la thèse défendue. - Concession : qui semble bien modeste et raisonnable = prendre en compte le destinataire en lui accordant que son point de vue, pour faux qu'il soit, est compréhensible. - Lexique hyperbolique : Tous les jours, une véritable explosion, l'espèce entière meurt étouffée, cette Cassandre, l'échéance est à moins d'une semaine, une catastrophe, le piège, camoufle, une véritable explosion, l'ont appris à leurs dépens. = catastrophisme propre à inquiéter (pour le moins) le lecteur et, par conséquent, le persuader (le cerveau reçoit avec plus d'acuité les mauvaises nouvelles que les bonnes). De l'importance de l'énonciation dans le discours argumentatif À la lecture d'un discours argumentatif, il convient d'être attentif à l'énonciation, elle cache généralement des trésors de sens. Les questions fondamentales : - Comment l'énonciateur se désigne-t-il ? - Comment désigne-t-il le destinataire ? - Comment désigne-t-il les tenants de la thèse adverse ? - Qui fait-il intervenir dans son discours et sous quelle désignation ? Posez-vous ces questions à propos du texte d'A. Jacquard (portez une attention particulière au foisonnement de formules impersonnelles) et commentez : identifiez la stratégie mise en œuvre à travers l'énonciation. Chers élèves, Au risque de vous paraître d'une présomptueuse exigence, je me permets de vous préciser que si le travail via le blog n'est pas interactif - en d'autres termes si je ne recueille aucun commentaire, il est, sinon inutile, du moins peu efficace. À vos questions, donc ! Voici deux autres textes : Le Vieux Chat et la Jeune Souris Une jeune Souris de peu d'expérience, Crut fléchir un vieux Chat, implorant sa clémence, Et payant de raisons le Raminagrobis. « Laissez-moi vivre : une souris De ma taille et de ma dépense Est-elle à charge en ce logis ? Affamerais-je, à votre avis, L'hôte et l'hôtesse, et tout leur monde ? D'un grain de blé je me nourris ; Une noix me rend toute ronde. À présent je suis maigre : attendez quelques temps ; Réservez ce repas à messieurs vos enfants. » Ainsi parlait au Chat la Souris attrapée. L'autre lui dit : « Tu t'es trompée : Est-ce à moi que l'on tient de semblables discours ? Tu gagnerais autant de parler à des sourds. Chat, et vieux, pardonner ! Cela n'arrive guère. Selon ces lois, descends là-bas, Meurs, et va-t'en, tout de ce pas, Haranguer les Sœurs filandières ; Mes enfants trouveront assez d'autres repas. » Il tint parole. Et pour ma fable, Voici le sens moral qui peut y convenir : La jeunesse se flatte, et croit tout obtenir ; La vieillesse est impitoyable. La Fontaine, Fables (XII,5), 1693. Devant le cheikh ben Ahmed qui cherche à résoudre un problème, le juif David Halévy raconte une histoire en présence d'autres personnages, dont celui qui s'appelle le Bouffon . Il s'agit d'une devinette posée par un vieux rabbin à un jeune homme. « Deux hommes descendent par une cheminée. L'un est propre, l'autre est sale. Lequel des deux ira se laver ? demande-t-il à l'un de ses disciples. - Celui qui est sale, répond celui-ci. - Pas du tout ! dit alors le rabbin. Celui qui est propre. Voyant son compagnon sale devant lui, il se dit : Puisqu'il est sale, moi aussi je dois l'être, donc j'ai besoin d'aller me laver. Tandis que celui qui est sale, voyant son compagnon propre, se dit : Puisqu'il est propre, moi aussi je dois l'être. Donc je n'ai pas besoin d'aller me laver. » Et le rabbin poursuit alors : « Deux hommes descendent par une cheminée. L'un est propre, l'autre est sale. Lequel des deux ira se laver ? - Celui qui est propre, répond avec enthousiasme le disciple. - Absolument pas ! C'est celui qui est sale. Voyant ses mains pleines de suie, il se dit : Je suis sale ! Il faut que j'aille me laver. Tandis que celui qui est propre, en voyant ses mains propres, se dit : Comme je ne suis pas sale, je n'ai pas besoin d'aller me laver… J'ai encore une question à te poser, continua le rabbin. Deux hommes descendent par une cheminée. L'un est propre, l'autre est sale. Lequel des deux ira se laver ? » Le disciple croit enfin avoir compris. « Le sale et le propre ! s'exclame-t-il ! - Tout faux ! s'écrie encore le rabbin. Tu n'as pas compris que, si deux hommes descendent par une cheminée, il est impossible que l'un seulement soit sale alors que l'autre resterait propre. En fait, tous les deux ne peuvent être que sales ! Quand un problème est mal posé, toutes les solutions sont fausses. » Shafique Keshavjee, Le Roi, le Sage et le Bouffon, ŽŽ éd. du Seuil, 1998, coll. Points, 2000. Vous venez de lire - vous les avez lu, hein ? deux textes qui utilisent des moyens d'argumenter fort différents de la démonstration d'A. Jacquard. Je vous invite à répondre à la question suivante : quels sont ces moyens (soyez descriptifs, mais brefs) ? Et renouvelle mon invitation avec une vigueur décuplée quant à cette autre question : lequel de ces discours vous semble le mieux à même de convaincre, pourquoi ? (Développez une réponse rédigée). Entraînement possible : - Commentaire composé du second texte, extrait de Le Roi…. - Dissertation : « Mieux est de rire que de larmes écrire Pour ce que rire est le propre de l'homme. » (Rabelais, Gargantua, avertissement au lecteur) Dans quelle mesure cette assertion vous semble s'appliquer au discours argumentatif ? - Sujet d'invention : « La jeunesse se flatte et croit tout obtenir », écrit La Fontaine. Dans une lettre, un jeune homme ou une jeune fille démontre à un ancien qui tiendrait le même propos que L.F. qu'il se trompe.
Par lhomeau-sevin - Publié dans : monge-premiere
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