Chers élèves,
Non, définitivement non, l'oral blanc n'est et ne sera pas annulé. Certes, les conditions ne sont pas idéales, mais pas moins pour un oral que pour toute autre forme de reprise. Je dirai même plus, un (re)démarrage sur les chapeaux de roues est peut-être ce qui pouvait vous arriver de mieux : n'êtes-vous pas contraints et forcés de vous mettre « à fond d'dans » sans tergiversation ? Et ça, c'est plutôt bien pour reprendre avec vigueur, nous en avons besoin, étant donné le temps de cours déjà irrémédiablement perdu.
Bon, trêve de baragouinages rhétoriqueurs : débarbouillez cervelets, fourbissez outillage stylistique et bannissez bâillements à corneille que veux-tu ! En avant, tudieu, et béez-moi la belle à tous ces éminents collègues de la confrérie de l'alba examina ! Tailladez en pièce notre docte par votre entendement ! (Faites quand même attention à Rabelais, ses pantagruelismes pourrait taper sur le système de plus d'une
)
Voici pour l'oral une liste de questions possibles sur des auteurs et uvres de votre liste :
LEIRIS, L'Age d'homme ; Incipit : « Je viens d'avoir 34 ans [...] laideur humiliante. » (Nathan p.336)
Quelle image l'auteur donne-t-il de lui-même ?
En quoi cet autoportrait relève-t-il de l'autodépréciation, voire de l'autodestruction ?
En quoi peut-on dire que l'auteur fait un portrait de lui-même sans complaisance ?
En quoi ce texte révèle-t-il le projet autobiographique de M. Leiris ?
Ce texte vous paraît-il sincère ? Pourquoi ?
LEIRIS, L'Age d'homme ; « Âgé de cinq ou six ans [...] à l'abattoir où, tôt ou tard, je dois être mené » (l'opération)
Ce texte vous semble-t-il devoir susciter le rire ou l'émotion ?
Comment s'opère dans ce texte la mise en forme du souvenir ?
Montrer que cette mésaventure a joué un rôle capital dans la vie de l'auteur.
Montrer que ce texte raconte plus qu'un traumatisme d'enfance.
Que raconte ce texte ? Quel effet produit-il sur le lecteur ?
Quel sens M. Leiris donne-t-il à son récit ?
Quelle(s) fonction(s) de l'autobiographie apparaissent dans ce récit ?
ROUSSEAU, Confessions ; Préambule du Manuscrit de Neuchâtel
En quoi ce texte peut-il être considéré comme le premier texte autobiographique ?
En quoi ce préambule annonce-t-il des « Confessions » ?
Quel est le pacte autobiographique annoncé par Rousseau ?
Quelle image de lui-même Rousseau veut-il donner ici ?
Quelles sont les caractéristiques d'un projet nouveau dans ce texte ?
Quelles sont les fonctions de ce Préambule ?
Quelles sont les difficultés posées par ce Préambule ?
SARTRE, Les mots ; « il y avait [...] toujours exclu » (le jardin du luxembourg)
Comment fonctionne la mémoire dans cet extrait ?
Comment fonctionne le souvenir d'enfance dans ce texte ?
Comment est reconstruit le souvenir d'enfance ici ?
Comment Sartre fait-il passer l'humour dans ce texte ?
En quoi ce récit mêle-t-il tristesse et humour ?
Quel portrait d'enfant le narrateur brosse-t-il ?
Quelles sont ici les fonctions de l'écriture autobiographique ?
ANOUILH, Antigone, prologue.
Etudiez l'originalité de ce prologue.
ANOUILH, Antigone, Antigone et la nourrice.
Etudiez le fonctionnement et la tonalité du dialogue
ANOUILH, Antigone, Antigone et Ismène.
Etudiez les procédés de la confrontation entre les deux personnages.
ANOUILH, Antigone, Antigone et Créon.
Etudiez l'affrontement entre les deux personnages et l'effet produit sur le public.
Quel sont le fonctionnement et les fonctions de ce dialogue ?
ANOUILH, Antigone, Antigone et le garde.
Quelle sont les fonctions et la tonalité de ce dénouement ?
Quelles sont les caractéristiques de ce dénouement ?
BAUDELAIRE, Les Fleurs du Mal ; « L'albatros »
Comment analysez-vous la comparaison du poète à un albatros dans ce poème ?
Comment Baudelaire met-il en valeur le génie du poète ?
Quels sentiments se dégagent ici à l'égard de l'albatros et pourquoi ?
BAUDELAIRE, Les Fleurs du Mal ; « L'invitation au voyage »
Comment expliquez-vous le poème à la lecture du titre ?
Quelles représentations de la femme aimée et du paysage rêvé se dégagent de ce poème ?
En quoi la structure du poème, les choix de versification sont-ils révélateurs de l'harmonie ?
Dans quelle mesure peut-on dire que Baudelaire nous convie à un voyage imaginaire ?
ONGE, Le Parti-pris des choses ; « L'huître »
Pensez-vous que ce poème prenne le parti de l'huître ?
En quoi consiste la poésie de ce poème ?
l'huître est-elle décrite pour elle-même ?
PONGE, Le Parti-pris des choses ; « Le pain »
Qu'y a-t-il de nouveau dans la poésie de Ponge ?
Comment ce poème transfigure-t-il la réalité de l'objet ?
RIMBAUD, Illuminations ; « Aube » (Hatier p.214)
En quoi la dernière ligne est-elle représentative de la structure et du sens du poème ?
De quelle aventure est-il question dans ce poème ?
En quoi ce poème répond il à la modernité poétique ?
Etudiez le système énonciatif du texte (les différentes voix narratives)
Etudiez le thème de l'aube dans ce poème
En quoi le titre illustre t-il la poésie de ce texte ?
Quelle vision du monde se dégage de ce poème ?
RIMBAUD, Poésies ; « Le Dormeur du val »
En quoi l'argumentation dans ce poème est-elle efficace et originale ?
En quoi peut-on dire que ce sonnet permet de dénoncer la guerre ?
Comment ce poème progresse-t-il vers sa chute ?
RIMBAUD, « La lettre du voyant »
Quelle est, d'après ce texte, la conception de la poésie selon Rimbaud ?
De quoi préparer une peu l'oral blanc.
Les photocopies des textes sont à votre disposition à condition que vous veniez me les réclamer en salle des profs demain matin à l'heure de la récré. Beaucoup d'entre vous n'ont pas l'air de s'en soucier, tous ceux dont l'oral doit avoir lieu lundi devraient pourtant être sur le qui-vive.
Souhaitez-vous une, deux ou trois réponses types aux questions ci-dessus ? Si oui, faites-le moi savoir rapidement et indiquez laquelle ou lesquelles des questions vous voudriez voir traitées, je m'en occuperais demain dans l'après-midi pour une mise en ligne demain soir.
À lundi,
C. Lhomeau
PS: j'ajoute ci-dessous les deux exercices d'argumentation proposés précédemment, dans un format décent, cette fois. Ça pourra toujours servir.
« Le bruit court », et si vite qu'il est venu jusqu'à moi, que le sujet de bac blanc porte sur l'argumentation : Convaincre, persuader, délibérer. Or, m'a-t-on dit, vous, élèves de 1L, vous sentez démunis en ce domaine. Une telle assertion me paraît quelque peu exagérée : vous ne manquez ni d'outils de compréhension des textes du corpus, ni d'aptitudes au commentaire d'icelui. Toutefois, et pour rassurer les inquiets, voici une fiche de rappels concernant l'argumentation :
Définitions sommaires et néanmoins utiles :
Convaincre : amener un destinataire à adhérer à une thèse en faisant appel à son raisonnement.
Persuader : amener un destinataire à adhérer à une thèse en jouant sur ses sentiments.
Délibérer : examiner divers points de vue sur une thèse afin de former le sien propre.
Précisions :
Le plus souvent, les textes argumentatifs combinent ces trois aspects de l'argumentation. En effet, l'émetteur tient compte de la thèse adverse (forme de la délibération dite concession) et utilise le raisonnement logique aussi bien que l'appel aux sentiments pour arriver à ses fins : faire partager son point de vue au destinataire. Vous pouvez cependant, en règle générale, dégager une dominante :
- L'émetteur cherche-t-il à poser les termes du débat sans prendre nettement parti lui-même : il invite le destinataire à la délibération (méfiez-vous, tout de même, il est rare que l'auteur n'ait pas un avis sur le sujet qu'il traite, fût-il implicite).
- L'émetteur développe des arguments fondés sur la science, les statistiques, l'autorité de spécialistes, le raisonnement logique et/ou le bon sens : il cherche à convaincre le destinataire.
- L'émetteur tente d'émouvoir, d'amuser, de susciter la colère : il s'emploie à persuader le destinataire.
Souvenez-vous : pas d'argumentation sans débat à l'origine du discours.
La question : Quelle heure est-il ? ne renferme pas le moindre débat en dépit des multiples réponses que l'on peut y apporter, mais dont l'exactitude est indiscutable dès lors qu'on s'accorde sur le fuseau horaire.
La question : Dans quelle mesure les liens tissés entre Mme de Sévigné et Mme de Grignan dans leur correspondance engendrent-ils la disparition de la distance qui les sépare ? Contient un débat dont je vous invite à poser les termes (faites une phrase dans laquelle apparaîtront les deux thèses extrêmes possibles).
Une fois le débat identifié, diverses thèses peuvent apparaître.
Leur origine : une opinion sur le sujet de débat. L'opinion ne vaut rien, rien de rien, excepté que celui qui l'énonce aura l'honneur et l'avantage de
l'énoncer.
Ex : « Je pense que la correspondance de Mme de S. et Mme de G. permet la disparition de la distance qui les sépare ». Et après ? Vous le voyez, à elle seule, l'assertion ne vaut rien.
Pour que l'opinion devienne une thèse :
- Fourbir ses arguments
- Les énoncer et développer
- Les organiser selon une progression pertinente
- Préparer les exemples qui illustreront les arguments
- Élaborer une stratégie efficace
Bref, mettre en uvre une démonstration qui, une fois achevée, aura fait de l'opinion une thèse.
Lisez le texte suivant et identifiez :
- les termes du débat
- arguments
- exemples
- progression du discours
- moyens stylistiques au service de la démonstration
L'équation du nénuphar
Tous les jours, les journaux ou les radios nous annoncent que la croissance du produit national brut n'est que de 2,3% par an, que le nombre des chômeurs a augmenté depuis un an de 3%, qu'il faudrait une croissance de 4% pour commencer à résorber ce chômage
[
]
Il faut garder à l'esprit qu'une augmentation de 2% par an, qui semble bien modeste et raisonnable, correspond à une véritable explosion lorsque l'on raisonne à long terme : le doublement étant obtenu en moins de trente-cinq ans, il y a multiplication par huit au bout d'un siècle, soixante-quatre après deux siècles. [
] Ce qui n'est guère compatible avec la limitation des ressources de la planète et de sa capacité à absorber nos déchets. [
]
L'enseignement actuel n'insiste guère malheureusement sur ces évidences. Pour y sensibiliser les jeunes, je leur raconte l'histoire édifiante du nénuphar que l'on plante dans un grand lac et qui a la propriété héréditaire de produire chaque jour un autre nénuphar. Il se trouve qu'au bout de trente jours, la totalité du lac est recouverte par les descendants de ce nénuphar et que l'espèce entière meurt étouffée, privée d'espace et de nourriture. Question : « Au bout de combien de jours les nénuphars ne couvraient-ils que la moitié du lac ? »
Avec les élèves du secondaire, la réponse jaillit comme une évidence : la moitié de trente, c'est-à-dire quinze jours. La bonne réponse est pourtant vingt-neuf, puisque le doublement est obtenu chaque jour. Pour rendre plus évidente l'erreur spontanée de raisonnement et faire un peu travailler les neurones, on peut alors poser la question : « Après combien de jours les nénuphars couvraient-ils à peine plus de 3% de la surface du lac ? » Il suffit de remonter le temps à partir du trentième jour : et de constater qu'ils en couvraient 50% le vingt-neuvième, 25% le vingt-huitième, 12,5% le vingt-septième, 6,25% le vingt-sixième, 3,12% le vingt-quatrième. Imaginons donc qu'au vingt-quatrième jour, un nénuphar anxieux de l'avenir attire l'attention de ses compagnons sur le danger qu'ils courent en proliférant ainsi ; il est probable que cette Cassandre ne pourrait se faire entendre. « Pourquoi nous inquiéter alors que nous avons ce comportement depuis plus de trois semaines et que 97% de la surface du lac est encore disponible ? Nous avons largement le temps de voir venir, continuons comme par le passé. » Ils auraient tort ; l'échéance est à moins d'une semaine.[
]
Autrement dit, tout phénomène évoluant dans le temps avec un taux d'accroissement constant peut certes débuter avec une croissance sage, à peine perceptible, donnant l'impression qu'il est raisonnable de la poursuivre, mais il débouche rapidement sur une phase d'accélération et conduit à une catastrophe.
Ce n'est pas seulement aux jeunes qu'il est nécessaire de faire comprendre le piège que constitue une croissance exponentielle : elle camoufle, sous des apparences anodines, une véritable explosion. Les pays dont la population n'a pas maîtrisé sa fécondité l'ont appris à leurs dépens.
Albert Jacquard, L'équation du nénuphar, ŽŽ Éd. Calmann-Lévy, 1998
Même un travail incomplet est utile
À vous lire,
C. Lhomeau
Correction de l'exercice
1) Termes du débat : la croissance, bienfait ou méfait ?
2) Arguments :
- le doublement étant obtenu [
] à absorber nos déchets.
- la totalité du lac est recouverte [
] l'espèce entière meurt étouffée, privée d'espace et de nourriture. Ou Tout phénomène [
] conduit à une catastrophe.
- Ce n'est pas seulement aux jeunes [
] une croissance exponentielle
3) Exemples :
- Les pays dont la population n'a pas maîtrisé sa fécondité l'ont appris à leurs dépens.
- Analogie du nénuphar
4) Progression
§ I : Présentation du sujet = la croissance
§ II : Thèse = danger que représente la croissance du point de vue de l'environnement
§ III et IV : L'équation du nénuphar : - données du problème et question
- l'erreur
- nouvelle question et rectification par raisonnement inversé
- Cassandre et les autres nénuphars
§ V : Application de l'équation à la croissance, conclusion de la démonstration
§ VI : Élargissement des destinataires et exemple percutant (valeur d'argument)
5) Moyens stylistiques
- Intro. du discours = énoncé du discours adverse présenté comme dominant sans modalisation explicite : effet de surprise quant à la thèse défendue = inattendue car contraire aux propos communément admis.
- Utilisation de pourcentages : donner un caractère scientifique au propos = apparente vérité.
- Modalisation : Il faut = impersonnel pour un devoir présenté ainsi comme une évidence indiscutable dont l'énonciateur n'est pas identifiable. Malheureusement = déplorer explicitement le comportement d'un tiers (ni énonciateur ni destinataire) relativement abstrait (L'enseignement actuel).
- L'analogie du nénuphar : réduire le propos à un phénomène concret et poétique pour se faire comprendre et frapper les esprits.
- Du cours à la fable, le style direct : « Au bout de combien de jours les nénuphars ne couvraient-ils que la moitié du lac ? » = mimer le dialogue bienveillant (voire paternaliste) avec le destinataire privilégié (la jeunesse). « Pourquoi nous inquiéter alors que nous avons ce comportement depuis plus de trois semaines et que 97% de la surface du lac est encore disponible ? Nous avons largement le temps de voir venir, continuons comme par le passé. » = animé et actualiser le comportement du végétal inconséquent représentant, notamment, le destinataire sans que cela apparaisse trop brutalement (il n'est jamais bon dans un discours argumentatif de faire comprendre au destinataire qu'on le prend pour un imbécile : c'est se laisser peu de chances de le convaincre).
- Le modèle de la démonstration mathématique : favoriser l'apparence d'objectivité (caractère indiscutable) de la thèse défendue.
- Concession : qui semble bien modeste et raisonnable = prendre en compte le destinataire en lui accordant que son point de vue, pour faux qu'il soit, est compréhensible.
- Lexique hyperbolique : Tous les jours, une véritable explosion, l'espèce entière meurt étouffée, cette Cassandre, l'échéance est à moins d'une semaine, une catastrophe, le piège, camoufle, une véritable explosion, l'ont appris à leurs dépens. = catastrophisme propre à inquiéter (pour le moins) le lecteur et, par conséquent, le persuader (le cerveau reçoit avec plus d'acuité les mauvaises nouvelles que les bonnes).
De l'importance de l'énonciation dans le discours argumentatif
À la lecture d'un discours argumentatif, il convient d'être attentif à l'énonciation, elle cache généralement des trésors de sens.
Les questions fondamentales :
- Comment l'énonciateur se désigne-t-il ?
- Comment désigne-t-il le destinataire ?
- Comment désigne-t-il les tenants de la thèse adverse ?
- Qui fait-il intervenir dans son discours et sous quelle désignation ?
Posez-vous ces questions à propos du texte d'A. Jacquard (portez une attention particulière au foisonnement de formules impersonnelles) et commentez : identifiez la stratégie mise en uvre à travers l'énonciation.
Chers élèves,
Au risque de vous paraître d'une présomptueuse exigence, je me permets de vous préciser que si le travail via le blog n'est pas interactif - en d'autres termes si je ne recueille aucun commentaire, il est, sinon inutile, du moins peu efficace. À vos questions, donc !
Voici deux autres textes :
Le Vieux Chat et la Jeune Souris
Une jeune Souris de peu d'expérience,
Crut fléchir un vieux Chat, implorant sa clémence,
Et payant de raisons le Raminagrobis.
« Laissez-moi vivre : une souris
De ma taille et de ma dépense
Est-elle à charge en ce logis ?
Affamerais-je, à votre avis,
L'hôte et l'hôtesse, et tout leur monde ?
D'un grain de blé je me nourris ;
Une noix me rend toute ronde.
À présent je suis maigre : attendez quelques temps ;
Réservez ce repas à messieurs vos enfants. »
Ainsi parlait au Chat la Souris attrapée.
L'autre lui dit : « Tu t'es trompée :
Est-ce à moi que l'on tient de semblables discours ?
Tu gagnerais autant de parler à des sourds.
Chat, et vieux, pardonner ! Cela n'arrive guère.
Selon ces lois, descends là-bas,
Meurs, et va-t'en, tout de ce pas,
Haranguer les Surs filandières ;
Mes enfants trouveront assez d'autres repas. »
Il tint parole. Et pour ma fable,
Voici le sens moral qui peut y convenir :
La jeunesse se flatte, et croit tout obtenir ;
La vieillesse est impitoyable.
La Fontaine, Fables (XII,5), 1693.
Devant le cheikh ben Ahmed qui cherche à résoudre un problème, le juif David Halévy raconte une histoire en présence d'autres personnages, dont celui qui s'appelle le Bouffon . Il s'agit d'une devinette posée par un vieux rabbin à un jeune homme.
« Deux hommes descendent par une cheminée. L'un est propre, l'autre est sale. Lequel des deux ira se laver ? demande-t-il à l'un de ses disciples. - Celui qui est sale, répond celui-ci. - Pas du tout ! dit alors le rabbin. Celui qui est propre. Voyant son compagnon sale devant lui, il se dit : Puisqu'il est sale, moi aussi je dois l'être, donc j'ai besoin d'aller me laver. Tandis que celui qui est sale, voyant son compagnon propre, se dit : Puisqu'il est propre, moi aussi je dois l'être. Donc je n'ai pas besoin d'aller me laver. » Et le rabbin poursuit alors : « Deux hommes descendent par une cheminée. L'un est propre, l'autre est sale. Lequel des deux ira se laver ? - Celui qui est propre, répond avec enthousiasme le disciple. - Absolument pas ! C'est celui qui est sale. Voyant ses mains pleines de suie, il se dit : Je suis sale ! Il faut que j'aille me laver. Tandis que celui qui est propre, en voyant ses mains propres, se dit : Comme je ne suis pas sale, je n'ai pas besoin d'aller me laver
J'ai encore une question à te poser, continua le rabbin. Deux hommes descendent par une cheminée. L'un est propre, l'autre est sale. Lequel des deux ira se laver ? » Le disciple croit enfin avoir compris. « Le sale et le propre ! s'exclame-t-il ! - Tout faux ! s'écrie encore le rabbin. Tu n'as pas compris que, si deux hommes descendent par une cheminée, il est impossible que l'un seulement soit sale alors que l'autre resterait propre. En fait, tous les deux ne peuvent être que sales ! Quand un problème est mal posé, toutes les solutions sont fausses. »
Shafique Keshavjee, Le Roi, le Sage et le Bouffon,
ŽŽ éd. du Seuil, 1998, coll. Points, 2000.
Vous venez de lire - vous les avez lu, hein ? deux textes qui utilisent des moyens d'argumenter fort différents de la démonstration d'A. Jacquard. Je vous invite à répondre à la question suivante : quels sont ces moyens (soyez descriptifs, mais brefs) ? Et renouvelle mon invitation avec une vigueur décuplée quant à cette autre question : lequel de ces discours vous semble le mieux à même de convaincre, pourquoi ? (Développez une réponse rédigée).
Entraînement possible :
- Commentaire composé du second texte, extrait de Le Roi
.
- Dissertation : « Mieux est de rire que de larmes écrire
Pour ce que rire est le propre de l'homme. »
(Rabelais, Gargantua, avertissement au lecteur)
Dans quelle mesure cette assertion vous semble s'appliquer au discours argumentatif ?
- Sujet d'invention : « La jeunesse se flatte et croit tout obtenir », écrit La Fontaine. Dans une lettre, un jeune homme ou une jeune fille démontre à un ancien qui tiendrait le même propos que L.F. qu'il se trompe.
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